Désormais presqu’une année nous sépare du 20 janvier 2024, la cérémonie des vœux de l’année dernière. J’aimerai partir de là tant j’ai vécu ce moment comme de formidables retrouvailles avec vous tous. Ce 20 janvier 2024, comme celui de 2023 ou nous étions allés tous ensemble à la Rencontre de notre film des Petites Victoires, nous a redonné l’énergie comme au premier jour. Certains m’ont même soufflé à l’oreille : plus fort même que l’élection. Ils ont raison. Après les difficultés, les doutes, nous avons retrouvé encore plus de force qu’au premier jour, grandis d’avoir su traverser les difficultés. Et sereins.
Voilà l’état d’esprit dans lequel je me trouve face à vous aujourd’hui. Sereine et heureuse d’exercer le plus beau des mandats, celui d’être Maire de Châtel-en-Trièves, notre Village de tous les possibles, aux côtés de mon conseil municipal, des agents communaux et de vous tous.
Je vous dis merci. Merci pour votre soutien.
J’ai vécu l’année 2024 comme le retour de la sérénité au Village, quand nous avons vécu une année pleine de rebondissement au plan national.
Je veux évoquer d’abord la crise agricole majeure que nous avons traversée en 2024 avec la fièvre catarrhale ovine qui a frappé de plein fouet notre territoire du Sud Isère. Et passer un message de soutien tout particulier à nos éleveurs auxquels nous sommes tant attachés. Certains d’entre eux ont perdu plus de 30 % de leur troupeau. Au-delà de la perte directe de cheptel, il y a la question des impacts pour demain car le virus est toujours là et parce qu’un doute important plane sur les capacités de reproduction des troupeaux. Après la tension du loup sur nos alpages, la sécheresse de 2022, maintenant la FCO. Nous sommes à vos côtés pour tenter de faire face. Nous continuerons de prioriser les actions municipales en faveur du maintien et du développement du pastoralisme.
Je souhaite aussi revenir un instant sur la politique nationale. Comment réussir à comprendre encore ? Malgré tous nos efforts. Après la douche froide des européennes, la folie de la dissolution, la cacophonie partisane des législatives, l’isolement de notre Président, l’instabilité parlementaire et gouvernementale. Cette semaine, une accalmie. Je souhaite passer un message de soutien à notre députée socialiste présente ce soir qui s’est positionné avec responsabilité ouvrant l’espoir d’une voie de discussion et de compromis.
Autour de nous, la folie de Poutine, et de l’autre côté de l’Atlantique, le retour de Trump avec l’arrivée au pouvoir des géants de la tech. Nous sentons bien que nous sommes entrés dans quelque chose de nouveau où la technologie rejoint le pouvoir. Où les détenteurs de moyens de communication démesurés ont aujourd’hui un impérialisme politique. Le mythe de la frontière n’est pas mort. La conquête se joue désormais sur la toile. Et en face, nos enfants.
Qui pourrait faire face ? Qui d’autre que l’Europe ? Personne.
Et pourtant nous doutons. Une Europe affaiblie est sortie des élections du dernier printemps quand il faudrait tant croire au modèle européen. Ne nous laissons pas leurrer par ceux qui font le jeu des tout puissants. Nos États nations ne pourront faire le poids face aux géants en face de nous. Ceux qui brisent le modèle européen ouvrent la tombe des démocraties européennes.
Mais pour cela, il faudrait croire en nous, résolument. Aimer ce que nous sommes et ce que nous représentons. Les valeurs que nous portons. Avoir confiance.
Je sais que nous en sommes capables, quand nous cessons de prêter l’oreille à ceux qui cultivent le doute pour nous dévier de notre soif des petits matins d’espérance.
Rappelons-nous de cet été de toutes les couleurs de nos Jeux Olympiques.
Ici. Rappelons-nous du 22 juin, de notre cérémonie pour le 80ème anniversaire de la Libération, réunis autour de l’enfant accueilli par notre Village courage, Jean-Pierre Weisselberg. Certains m’ont dit après cet évènement que le 22 juin était le jour où ils s’étaient sentis citoyens de Châtel-en-Trièves. Il n’y a pas de plus beau message.
Comment faire pour que ces moments ne soient pas seulement des trêves mais que la confiance prenne le pas de nos aspirations et d’une projection dans l’avenir ? Que la confiance soit le fil rouge d’une prise en main de nos destinées et d’une mise en action. Oui nous essaierons, oui nous commettrons des erreurs, et ce n’est pas grave car nous aurons bougé, nous aurons agis, nous aurons tenté. Ensemble.
Si la confiance semble quasiment rompue avec la politique dès qu’elle prend tournure nationale, je crois que c’est au plus près de chacun que nous devons la cultiver. A l’échelle de la commune, à l’échelle du Village. Pour moi, le temps est celui du recentrage et de l’ancrage. La bataille de l’engagement doit se jouer juste devant notre porte. Ici et maintenant. Car les derniers liens de confiance sont ici, en proximité et c’est eux qui doivent être défendus coûte que coûte car c’est d’eux que nous pourrons rebâtir notre Pays. C’est ce à quoi je crois aujourd’hui.
C’est ainsi que toute mon énergie et celle de notre équipe municipale s’emploie à cultiver la force de nos liens. Le Village doit être le lieu de la reconnaissance, de la création des conditions de la confiance et de l’expression de chacun. Dans des formes diversifiées car nous sommes différents. Cela peut être planter des courges, fabriquer les étagères du café, transmettre un savoir faire à nos enfants, participer à la définition de la politique municipale, chanter ou faire des sketchs, râler aussi, peu importe les amis. Ce qui compte est que chacun ait sa place et sa reconnaissance dans ce qui fait notre communauté.
Nous avons dans le Trièves, un formidable terreau propice à la rencontre et à l’engagement. Plus ici à Châtel où des élus éclairés et visionnaires travaillent depuis un certain nombre de mandats pour dynamiser le village et accueillir l’altérité et les projets pour aller de l’avant. Je salue tout particulièrement ces maires et leurs équipes municipales après lesquels nous essayons de nous inscrire, modestement, en continuité. Bruno Turc et Josette Garcin à Cordéac. Pierre Arnaud et Nadine Serpolet à St-Sébastien. Et, bien-sûr, nos deux maires fondateurs de Châtel-en-Trièves, Victor Vecchiato et Jean-Pierre Agresti. Nous leurs devons beaucoup.
Ce que je sais aujourd’hui aussi, c’est que loin d’être donné d’avance, cette propension à se nourrir de l’altérité et à créer du lien doit s’entretenir, se cultiver. Le Covid est passé par là et nous savons que la tendance est plutôt au renferment sur un cercle qui nous ressemble.
Ainsi, conserver ce qui fait notre force et notre identité, doit s’entretenir par une politique résolument volontariste.
La recette de Châtel-en-Trièves est composée de 2 ingrédients :
· Construire des lieux. Et oui se retrouver nécessite des lieux dédiés et agréables où l’on a envie de prendre le temps de la rencontre de l’autre. C’est ainsi que nous travaillons ensemble depuis 10 années maintenant sur la reprise en main de l’aménagement de nos deux centres bourgs. St-Sébastien avec le Domaine de Talon, son parc public de 3 hectares, sa place publique et son restaurant.
Cordéac aussi avec son aire de loisirs, et demain aussi sa place publique et son lieu civique et citoyen que nous sommes en train de construire en lieu et place de l’ancienne école de garçons.
Ces lieux que nous construisons avec force et continuité de vision sont la marque de fabrique de Châtel-en-Trièves, notre Commune des possibles. Grâce à la carte communale, nous rendons inconstructible ces biens publics essentiels à la vitalité démocratique du village.
· Faire des choses ensemble ne va pas de soi. Nécessite une organisation et une animation. C’est tout ce que nous essayons de construire avec ChatelVillage et sa coordinatrice Lucie Alexandre. Construire une organisation équilibrée avec l’ensemble des forces vives du village qui ne puissent être captée par un intérêt particulier ou dévier vers un entre soi. Nous œuvrons à construire tous ensemble un « Commun » de village. Clairement nous innovons, nous tâtonnons. C’est mouvant. Et cela est normal. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que nous travaillons sur de l’humain qui par définition est particulier, spécifique, changeant, avec des émotions, de l’humeur aussi.
Le principal message que je veux passer ce soir est que nous avons la chance d’avoir une vie de village intense et diversifiée. Parfois nous ne sommes pas d’accord, nous faisons l’expérience de construire ensemble des règles de fonctionnement collectives. Nous faisons l’exercice de la démocratie sans cesse, au sein de nos associations, et en proximité immédiate avec la municipalité. Comme nous ne sommes pas un entre soi, parfois, il y a des turbulences. Mais il faut persévérer, relativiser, lâcher prise, se retrouver, garder le goût de faire des choses ensemble même si cela n’est pas toujours facile. Car c’est cela faire société. Cela ne peut pas être lisse et sans conflictualité.
L’exercice de la démocratie c’est éprouver l’autre et l’avis contradictoire, éprouver aussi la nécessité de la construction de la légitimité par la constitution de responsabilité et d’instance de décision démocratiquement désignée. Car au sein d’un collectif tous ne peuvent pas décider tout le temps de tout. Cela ne fonctionne pas.
Éprouver la démocratie dans les actes nous montre bien qu’il n’y a pas de recette miracle. Faire société est loin d’être facile. Mais comme l’avais si bien dit Churchill, la démocratie est le moins mauvais de tous les systèmes de pouvoir.
Ensemble et avec confiance, poursuivons ce qui fait notre village et notre force.
Extrait du discours de Fanny Lacroix, Maire de Châtel-en-Trièves